Le Lotus Bleu, la fleur nationale du Sri Lanka

Après la découverte de ces nombreuses épices, il ne faudrait pas croire que les fleurs sont inexistantes au Sri Lanka, bien au contraire. Les fleurs de jasmin et de tubéreuse, pour ne citer qu’elles, ornent les jardins, parent les chevelures féminines et fleurissent les autels. Mais s’il est une fleur omniprésente dont on ne peut que croiser le chemin : il s’agit du lotus bleu la fleur nationale du Sri Lanka.

C’est lors de visites de temples que j’ai véritablement pris conscience de son importance. Le lotus bleu (nymphaea stellata) est véritablement vénéré par le peuple sri lankais. Largement représenté et utilisé, il doit sa popularité notamment à sa forte symbolique dans la religion bouddhiste.

Le bouddhisme est pratiqué par 70% de la population cinghalaise. Il joue un rôle primordial, à la fois spirituel, culturel et politique dans tout le pays. La littérature, l’art et l’architecture du Sri Lanka sont largement imprégnés du bouddhisme. Les textes affirment d’ailleurs que Bouddha se serait rendu trois fois au Sri Lanka, dans seize endroits différents, ce qui explique la multiplicité de temples présents sur l’île.

Les temples du Sri Lanka ont une architecture particulièrement reconnaissable avec leurs coupoles immaculées de blanc d’origine indienne, que l’on nomme stupa ou plus communément dagoba. L’atmosphère des temples est rythmée au son des prières vivement débitées par de larges hauts-parleurs. Les pieds nus, la plante brûlée par un sol pavé gorgé de soleil, fidèles et moines aux robes safran se réunissent dans une ambiance spirituelle et chaleureuse. Dispersés de part et d’autre, à genoux devant les autels, les corps se balancent les mains jointes sur la poitrine. La dévotion et la sagesse qui se lisent sur les visages inspirent le respect.

Les offrandes de fleurs et de fruits s’entassent et se mélangent, offrant à mes narines éveillées un joyeux capharnaüm de senteurs. Le lotus bleu s’entremêle au jasmin et aux oeillets d’Inde, tandis que les paniers de bananes, oranges et ananas s’étiolent lentement dans une chaleur étouffante. Mais c’est le mystique parfum d’encens qui surplombe toute cette abondance, contribuant à la sérénité des lieux; ses volutes de fumée, accompagnées de prières, s’envolent pieusement vers les dieux.

Sur la route de Galle vers Colombo, se trouve le fameux temple d’Aluthgama. Dès l’entrée, des vingtaines de petits ‘kadés’, traditionnelles échoppes de rue, vendent guirlandes, barquettes de fleurs, poignées de pétales et paniers de fruits… autant de présents à offrir aux dieux. Le lotus bleu lui, règne en maître, imposant sa couleur profonde et son cœur jaune chatoyant à ce tableau coloré.

Au dessus de nos têtes, nous dominant de toute sa hauteur, une géante statue de Bouddha assis au cœur d’une fleur de lotus ; une position souvent représentée reflétant le Bouddha en méditation et symbolisant la naissance divine, la pureté mais aussi l’élévation vers le Nirvana. Symboliquement le lotus puise sa substance vitale dans la boue des fonds marécageux représentant les troubles et les souffrances de la vie, pour s’élever et s’épanouir de toute sa splendeur au dessus de l’eau, tel le Bouddha flottant au dessus du sol.

La signification symbolique des fleurs de lotus dans le bouddhisme est riche. C’est un symbole de la Bodhi, un état de spiritualité perfectionné et de totale pureté mentale. On prétend même que son parfum accroît la ferveur religieuse. Représenté dans l’art bouddhique, le lotus a généralement huit pétales qui symbolisent l’octuple sentier de la bonne loi. Le plus souvent de couleur blanche ou rose dans la majorité des pays d’Asie, au Sri Lanka c’est d’un bleu profond tirant sur le violet qu’il se pare, symbole d’intelligence, de sagesse et de connaissance. Son cœur lui est d’un jaune vif offrant à l’œil un somptueux dégradé de couleurs.

Principalement trois types de lotus ont été identifiés au Sri Lanka. Dans les anciens écrits Sinhala sont cités le lotus : Olu (blanc) le Nelum (de couleur rose) et le Nil Manel (le bleu magenta au coeur jaune). Le lotus bleu se trouve dans toutes les régions du Sri Lanka grandissant dans les étangs, les cours d’eau et les marécages naturels. Cette belle fleur aquatique est appelée en Sanscrit ‘Pali’ et apparait dans les œuvres littéraires Sinhala comme un symbole de vertu, de discipline et de pureté.

Le nom botanique originel du lotus bleu est Nymphaea stellata (ayant récemment été rebaptisé Nymphaea nouchali) ; la première partie de son nom est tirée du mot grec “nymphaia” signifiant nénuphar tandis que “stellatus” signifie l’étoile. Un nom poétique, reflétant l’image d’un lac envahi de fleurs, et dont l’abondance de ses cœurs jaunes sur fond bleu donnèrent l’apparence d’un ciel rempli d’étoiles.

Les graines, les tiges et le cœur du lotus sont consommés comme légumes par les villageois tandis que la tige des feuilles et les fleurs sont utilisées dans la phytothérapie et la médecine traditionnelle, réputées pour transmettre la force et prolonger la jeunesse.

Le lotus Nil Manel est la variété locale la plus populaire, pour sa couleur évidemment mais aussi parce qu’il fleurit une journée entière dès les premiers rayons du soleil. En février 1986 on lui rendit son plus bel hommage en le choisissant comme la fleur nationale du Sri Lanka.

Une fleur exceptionelle donc, d’une beauté magique, à la subtile senteur aquatique, qui nous ouvre les portes d’un monde spirituel rempli de croyances et de symbolisme.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s