Oud Wood, Tom Ford

Il était une fois l’oud, un bois si rare, si mystérieux, si cher, qu’il devint un mythe de la parfumerie… l’histoire de cet ingrédient aromatique tant désiré pourrait commencer ainsi. Puissant, riche, sombre et complexe, il y a tant d’appellations pour qualifier le bois de oud qu’il fait aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises. Depuis plusieurs années, la parfumerie observe un engouement pour la nouvelle niche qu’offre l’oud. Une matière unique et singulière, synonyme de faste et de raffinement qui transcende le luxe olfactif.

Le bois de oud est une matière première très puissante, ses notes balsamiques et animales, sont finalement assez éloignées du bagage olfactif de la culture occidentale. «La première fois que quelqu’un sent l’oud, il a peu de chance de l’apprécier. C’est un peu comme la première fois que l’on goûte du caviar ou de la truffe blanche», remarque Alberto Morillas, parfumeur chez Firmenich. Dans sa version la plus pure, les parfumeurs conviennent qu’elle est rarement utilisée par l’industrie ; pour sa rareté et son prix qui nécessite souvent de reconstituer sa senteur, mais surtout pour son odeur qui, à une certaine concentration pourrait s’avérer désagréable et ainsi froisser nos narines non apprivoisées. «L’oud a surtout une odeur – comme la civette et le musc naturels – pour ainsi dire fécale, voire de décomposition», souligne le créateur Serge Lutens.

Et pourtant l’usage de ce oud très connoté s’est récemment étendu, même s’il s’agit d’un parfum qui s’adresse principalement à des connaisseurs. Réel engouement ou mode éphémère, une myriade de créateurs, marques de niche en tête, s’inspirent aujourd’hui de cette matière naturelle pour créer des fragrances d’exception, affirmées et pointues. Son parfum versatile, combinant tout à la fois douceur, puissance et animalité, se prête à toutes les variations sur le thème de la sensualité et de l’opulence. En s’associant aux matières premières les plus nobles, le bois de oud prend toute sa dimension et révèle ainsi la splendeur de son accord parfumé. “La rose révèle sa féminité, la bergamote lui apporte une fraîcheur étonnante, les notes de vanille et de fève tonka lui confèrent de l’onctuosité, le safran le fait gagner en piquant et le cuir exacerbe son côté masculin”. Autant d’interprétations qui montrent que chacun s’est fait son idée déployant des trésors d’imagination, à tel point qu’aujourd’hui on pourrait compter sur les doigts des deux mains les marques qui n’aient pas encore créé leur version.

Alors quand il a fallu choisir un parfum dans cette imposante multiplicité, pour illustrer l’odeur du bois de oud découverte lors de mon voyage en Thaïlande, la tâche fut loin d’être facile. Si j’ai la chance d’en connaitre une majorité il faut bien l’avouer je suis loin d’en avoir senti la totalité. Tout comme un grand nombre de passionnés de parfum, je me suis familiarisée avec le bois de oud avec M7 d’Yves Saint Laurent, l’un des premiers du genre, créé en 2002 par les parfumeurs Alberto Morillas et Jacques Cavallier, dont la conception fut supervisée par Tom Ford. Un choix osé pour l’époque, un lancement pour le moins avant-gardiste, révélateur d’un flair surprenant et finalement fidèle à la perspicacité bluffante du créateur.

Alors tout naturellement, Tom Ford emboita le pas et fut le premier à ouvrir le bal en parfumerie de niche, lançant en 2007: Oud Wood et c’est justement ce parfum pionnier que j’ai choisi de vous faire partager comme meilleure illustration.

Oud Wood appartient à la luxueuse collection Private Blend, ‘le laboratoire de parfums’ du créateur: «c’est le lieu où je peux créer des fragrances originales, uniques et libérées des conventions usuelles de la parfumerie». Créé par le parfumeur Richard Herpin (Firmenich), Oud Wood est un vrai hommage au bois de oud naturel mettant en exergue ses facettes boisées, fumées et ambrées résineuses, si caractéristiques.

La composition s’ouvre sur l’alliance subtile de l’exotisme du bois de rose, associé à la suavité de la cardamome et à l’exubérance du poivre de Chine. Cette gracieuse ouverture toute de douceur, aux accents chauds et enveloppants, permet de ménager d’un séduisant contraste l’entrée en scène du oud en cœur. Le bois de oud apparait alors, avec toute son intensité, dans un imposant accord fumé allié au bois de santal et au vétiver. Enfin le parfum s’enveloppe d’un sillage onctueux révélé par un accord de fève tonka, vanille et ambre.

Une très belle illustration du bois de oud au travers de cette création boisée, raffinée et sophistiquée, loin d’être dénuée de caractère.

6 thoughts on “Oud Wood, Tom Ford

  1. Christa says:

    Et vous, que pensez-vous de l’odeur de bois de oud? Quel parfum à base d’oud portez-vous? Venez partager vos avis et commentaires ci-dessous

  2. Hélène says:

    Ahh le bois de oud ! Comment passer à côté ?
    C’est pour moi une odeur très particulière, balsamique, animale que j’apprécie pour sa profondeur, sa sensualité. Mais personnellement, je ne la porte pas, préférant plutôt les fragrances légères.
    J’ai beaucoup aimé la version de Tom Ford, citée ci-dessus, et si bien décrite ! Il y a également Al Oudh de L’Artisan Parfumeur qui est intéressant, et marie le bois de oud aux épices et à la fleur d’oranger (une note que j’adore!).

  3. Christa says:

    Je suis également une admiratrice d’Al Oudh de L’Artisan Parfumeur, j’ai honnêtement longtemps hésité pour le mettre à l’honneur dans ces derniers posts sur le bois de oud mais il reste très floral. Néanmoins quelle belle composition, pour ma part plus que la fleur d’oranger c’est la rose safranée qui me saute au nez. Un accord que j’adore qui me rappelle Opôné de Diptyque que portait ma mère… effet proustien quand tu nous tiens!

  4. Sylvanette says:

    L’odeur de l’huile essentielle de bois de Oud s’apparente plus pour moi à la chèvre avec une note acide en tête. Puis elle évolue en notes boisées, cuirées moins agressives . Le véritable oud est difficile d’accès pour un occidental et il a besoin d’être associé à des notes qui l’adoucissent. Les Moyens-Orientaux le trouvent relaxant et s’en mettent parfois sur le nez pour s’endormir! Une autre vision du Oud.

    • Christa says:

      Bonjour Sylvanette,
      Ah cette note de chèvre-bouc elle revient chez tout le monde je crois!
      J’ignorais que les Moyens-Orientaux utilisaient le bois de oud en huile relaxante pour s’endormir, une habitude à un monde de ce que nous pourrions faire chez nous. C’est tellement fascinant d’observer les habitudes olfactives de chaque culture.
      La tendance du oud s’empare doucement de l’Asie du sud-est et je suis surprise d’observer que ça semble marcher!

  5. Camil says:

    Excellent recit qui souligne avec précision la pureté de l’oud
    Personellement, ayant testé une large gamme de fragances contenant du oud, je pense qu’il faut avant tout ne pas associer le M7 d’Yves Saint Laurent avec Oud Wood de TF
    Le premier étant, à mon sens, beaucoup moins naturel et moins recherché

    Oud Wood, contrairement à Arabian Wood dans la même gamme Private Blend, est très doux au nez, il s’imprègne magnifiquement bien sur ma peau basanée, je dois l’avouer, et en fin de journée (sûrement l’effet de la fève tonka) il s’adoucit pour laisser place à une odeur envoutante.

    Finalement Oud Wood de TF reste pour moi le parfum commercial par excellence contenant du Oud.

    Mais pour ceux qui serait tenté par une expérience encore plus intense, je conseille le Oud Pur de chez Arabian Wood, une petite boutique située en face du Sephora Champs-Elysées. Mais à plus de 700€ les 10mL autant dire qu’il va falloir connaitre au préalable.

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